WASENBOURG

Les Amis de la Wasenbourg

L'Antiquité au Wasenberg

L'Antiquité au Wasenberg

Lettre d'accompagnement du thème

        Toujours émus et stimulés par ce site où l’Antiquité et le Moyen Age se côtoient, les Amis de la Wasenbourg n’ont de cesse de mettre en valeur cette particularité du lieu, unique dans la région. Le président au cours de la dernière réunion du comité l’a encore rappelé en exprimant son souhait de moderniser les présentations et les visites de ce joyau de notre patrimoine.

        Cela passe immanquablement par le récit des Temps Anciens que ce soit avant l’édification de la Burg ou après. Si beaucoup d’informations sont données par les guides bénévoles sur le château-fort et son époque médiévale, peu de connaissances sont transmises sur son Antiquité.  Il nous a donc paru important d’explorer davantage le passé celte et romain du site et de la région en développant le thème suivant : l’Antiquité du haut de la Wasenbourg et du Wachtfelsen, quelque 1000 ans d’histoire.

Quel est notre objectif ?

       Il est bien de rendre la visite du site de la Wasenbourg plus prenante et plus exhaustive en mettant à la portée du grand public et de la jeunesse des connaissances sur son Antiquité, c’est-à-dire sur les racines celtes, germaines et romaines de notre Région. Outre le procédé de la narration, il est envisagé d’utiliser à cet effet la technique du QR code et d’autres supports pédagogiques adaptés et modernes. Le récit vaut autant pour des Guides que pour leur auditoire.

Quelles sont les limites de l’exercice ?

       Une certaine distance avec la manière dont on présente habituellement l’Antiquité, a été prise : pas de mention de la civilisation de Hallstatt ou de la Tène, pas de notion de Haut empire romain, de Bas empire, pas de dénomination d’après les dynasties ou le règne de tel ou tel empereur… Le terme romain a également été préféré à celui de gallo-romain dans la narration. Une certaine simplicité et un style qui se veut vivant ont été privilégiés à une présentation plus académique. Libre à chaque Guide en fonction de son humeur, de l’auditoire, des délais sur le site, de s’approprier tout ou partie du thème au cours des visites.

Si à la lecture de ce dossier, il arrivait toutefois à des Historiens, à des Archéologues ou à d’autres Hommes de l’Art de trouver des inexactitudes criantes, qu’ils les communiquent et elles seront corrigées « hic et nunc » (ici et maintenant). Les Guides de la Wasenbourg sont ouverts à toute critique, ils ne sont pas des professionnels, ils sont de simples passionnés !  

C’est le bon moment de communiquer !

       Le constat d’une fréquentation du site en nette augmentation, laisse à penser que la période est propice à la diffusion d’un « Savoir sur l’Antiquité près de chez soi ». La pandémie et ses restrictions, en freinant encore les voyages, favorisent en effet les excursions. Un public jeune seul ou avec ses professeurs peut ainsi localement se constituer un « petit bagage culturel » qu’il pourrait agrandir et exploiter quand il se déplacera sur les grands sites antiques en Europe ou ailleurs.

Comment a-t-on procédé pour écrire sur l’Antiquité du site ?

        L’idée majeure qui sous-tend le travail est celle de rester « chez soi » pour raconter à grands traits près de 1000 ans d’histoire, du haut des 433 mètres du promontoire du Wasenberg. L’Antiquité commence au Wachtfelsen et à la Wasenbourg et se termine au Wachtfelsen et à la Wasenbourg.

Il y avait d’abord la nécessité de fixer le cadre espace/temps du récit :

       L’espace : il a été tracé localement sous la forme d’un rayon de 50 km autour de la Wasenbourg. Deux schémas identifiant des traces d’Antiquité celte et des traces d’Antiquité romaine (pistées in situ à l’occasion de randonnées) ont été dessinés pour le matérialiser. C’est ensuite le bassin traditionnel de vie i.e. le Rhin Supérieur qui a été considéré en élaborant une carte des peuples et de la toponomie de l’Antiquité, inspirée de l’Atlas du Rhin Supérieur, un formidable outil de référence.

        Le temps : il nous est apparu qu’il couvrait au minimum 800 ans d’histoire entre la fin de l’Age du fer et l’occupation du bassin de vie par les Alamans et les Francs ; pour ne pas se disperser de trop, il a été établi une chronologie consultable à tous moments de la narration.

Puis en partant du paragraphe qui traite de l’Antiquité du livre « la Wasenbourg si tu m’étais contée », il a été procédé à la rédaction du récit principal comme ci-après :

-L’évocation d’une possible construction protohistorique sur le promontoire et le rôle de poste de guet du Wachtfelsen à l’époque gauloise, tout comme le patrimoine industriel de la plaine, nous ont inspiré pour développer l’Age du Fer ; les vestiges romains du site et des environs nous ont amenés à élaborer la partie romaine dans la narration ;

-L’ex-voto à Mercure de Severinius gravé dans le rocher, nous a insufflé le paragraphe sur les peuples celtes, sur les dieux, la citoyenneté romaine et sur un peuple en particulier : les Triboques ;

-Le Wachtfelsen, « spécula » pour les soldats romains et l’information du passage de la 8ème légion dans la zone nous ont incité à parler d’elle, de la légion dans son ensemble et de la partie de l’empire romain qu’elle avait à défendre ;

Ces témoins ont donc constitué le point de départ de notre récit. En extrapolant le message qu’ils ont laissé à la postérité, il nous a été permis d’ouvrir notre champ d’investigation, un peu à la manière de nos Anciens « more majorum » ; mais infiniment plus modestement, que nos illustres prédécesseurs comme M. Charles Matthis, archéologue et historien amateur, président du club vosgien au début du siècle dernier.

On ajoutera enfin, parce qu’elle constitue un marqueur historique fort chez nous, que la guerre gauloise des Romains, a également eu droit à un développement particulier.

Notre dossier est donc structuré comme suit :

La narration proprement dite qui comprend : un tour d’horizon géographique, un point de situation historique, trois coups de projecteur dont la fin de l’Age du fer, les peuplements celtes et les Triboques, la Légion romaine et la Huitième. Des schémas et une carte viennent, comme indiqué, enrichir la compréhension d’ensemble.

On y a adjoint deux pièces : un éclairage sur la guerre des Gaules de Jules César, ainsi qu’une chronologie adaptée au récit principal ;

Une bibliographie avec un rappel de nos sources et cette lettre d’accompagnement viennent utilement compléter ce dossier thématique que nous avons eu plaisir à traiter.

Du Gui blanc : la plante sacrée des Celtes toujours verte…un Porte-bonheur aujourd’hui… et la Wasenbourg au fond.

Nous espérons que cette manière de présenter « l’Antiquité de la Wasenbourg et du Wachtfelsen » permettra ultérieurement une utilisation aisée de supports nouveaux comme le QR code ou plus traditionnels comme la fiche… ou autres… On ajoutera que la narration a été rendue volontairement sécable pour une meilleure exploitation selon les besoins et pour varier éventuellement les procédés de diffusion.

Ce dossier a été traduit en langue allemande de façon à ce que tous les habitants du bassin de vie puissent accéder au récit et se réjouir au cours de la visite d’un passé préchrétien commun si riche.

Enfin, un appel est lancé à tous les Bénévoles qui maîtriseraient la technique des supports pédagogiques modernes. Ils pourraient aider l’association à « mettre tout cela en musique » ! il est important que la partition soit belle ! « Deo juvante » !

Les ouvrages consultés pour écrire « l’Antiquité du haut de la Wasenbourg, quelque mille ans d’histoire » et ses annexes (guerre des Gaules et Chronologie ciblée) figurent ici dans l’ordre alphabétique ; une mention particulière pour le passionnant Atlas bilingue de notre bassin de vie, sorti récemment (2020). Les randonnées dans le pays ont également beaucoup servi…ainsi que les visites de musées français et allemands dont les références figurent au bas des illustrations :

Les voici donc :

-Les annales de Tacite, Folio classique ;

-L’atlas historique du Rhin Supérieur/der Oberrhein : ein historischer Atlas, presses universitaires de Strasbourg ;

-Aux origines des Alsaciens et des Lorrains de Nicolas Mengus, la Nuée bleue ;

-de Bello Gallico – Caesar, lateinische Klassiker Schöningh;

-l’Enquête d‘ Hérodote, la Pléiade nrf ;

-Le génie celtique et le monde invisible de Léon Denis, Ink book éditions ;

-La guerre des Gaules de Jules César, Folio classique ;

-Vercingétorix de Camille Jullian, éditions Texto ;

Et la formidable compilation de ce que l’on sait sur notre belle ruine : « Wasenbourg si tu m’étais contée…de Jean Salesse ; association les amis de la Wasenbourg ».

Mais aussi le site de l’Office de tourisme de Strasbourg s’agissant des visites guidées et plus particulièrement celle d’Argentoratum dont l’auteur s’est inspiré pour dessiner les contours du camp romain sur un ancien plan du centre-ville ; enfin, Wikipédia FR et ALL, simplement pour avoir ponctuellement telle ou telle information.

l’Antiquité du haut de la Wasenbourg et du Wachtfelsen, quelque 1000 ans d’histoire.

Le Forum Romain photographié par l’auteur en avril 2011

La plupart du temps, les siècles se mélangent lorsqu’on parle de l’Antiquité en Europe ; quand on évoque les Celtes, les Gaulois, les Germains, les Romains, les Gallo-Romains … quand on cite Rome la ville éternelle et ses conquêtes gauloises : la Gaule Cisalpine ou Gallia Cisalpina, la provincia Narbonensis ou Narbonnaise, l’Aquitania ou Aquitaine, la Gallia Belgae ou Gaule Belgique, la Gallia Celtica ou Celtique (non, ce n’est pas notre bonne eau locale), la Germania, la Britannia… quand on date les années et les siècles avant Jésus Christ, ceux d’après, ceux de notre ère… Oui tout se confond et vous donne le tournis !

Alors pour y voir clair, il est indispensable de faire « un arrêt sur image » sur ces « Temps Anciens ». Nous le ferons ensemble si vous le voulez bien et depuis chez nous. Nul besoin en effet de vous précipiter sur le Tibre à Rome, même si « tous les chemins y mènent selon l’adage bien connu » (XII siècle-Alain de Lille) : « mille viae ducunt homines per saecula Romam » ; ce n’est pas la peine non plus de « monter » à Lutèce (Paris) sur la Seine pour y admirer ses thermes romains ou de « descendre » à Pyrène (Heuneburg), pour s’émerveiller devant les vestiges de la plus grande ville celte au nord des Alpes sur le Danube près de Sigmaringen. Nourrissons-nous d’abord d’Antiquité « locale », nous serons mieux armés pour explorer le monde antique ailleurs en Europe, voire en Asie Mineure ou en Afrique. Pour cela il suffit simplement de partir des traces celtes et des vestiges romains déjà en partie signalés à la Wasenbourg par notre Guide, mais également de ceux qui nous sont connus dans les environs.  Ils nous disent et nous apprennent bien plus qu’on ne pense !

Prêts pour un petit tour d’horizon ? A défaut de pouvoir grimper sur le Wachtfelsen, nous le regrettons car c’était un poste de guet possiblement celte plus sûrement romain, nous fixerons les lointains et l’horizon depuis le château-fort médiéval. Cet édifice qui servira souvent de point de repère durant notre récit n’existait pas dans l’Antiquité, il a vu le jour des siècles plus tard. Il est important de garder ce point en mémoire.

Photo prise par l’auteur au printemps 2021 depuis l’une des fenêtres gothiques de la Wasenbourg.

Le site de la Wasenbourg s’étend sur le mont du Wasenberg dans le Piémont des Vosges du Nord, il se trouve à 433m d’altitude ; de ses hauteurs voyons jusqu’où porte notre regard ! Nous nous rendons compte qu’il embrasse toute la plaine en contrebas, les franges du massif vosgien, la forêt de Haguenau, jusqu’à la Forêt Noire. On devine les approches de l’Outre Forêt, le ruban d’argent du Rhin, les terres de part et d’autre du fleuve, la silhouette de la cathédrale de Strasbourg. Pour le reste on s’imaginera ce qu’on ne perçoit pas visuellement, pour avoir si souvent parcouru notre Ländel (petit pays) du Nord au Sud. Car c’est bien ce morceau de territoire transfrontalier qui constituera notre champ d’étude. Pour faire moderne, nous pourrions dire que cela représente une partie de l’Eurodistrict PAMINA (Palatinat-Mittlerer Oberrhein–Nord Alsace) mais nous préférons de beaucoup la dénomination des Géographes qui en parlent comme du Rhin Supérieur dont voici la carte :

La carte supra a été réalisée par l’auteur en s’inspirant des cartes de l’Atlas Historique du Rhin Supérieur ou der Oberrhein : ein historischer Atlas, aux presses universitaires de Strasbourg. On remarquera que la ville jumèle de Bad Schönborn près de Karlsruhe n’y figure pas car il n’y a pas chez elle de traces de thermes romains contrairement à Baden-Baden. Son thermalisme a démarré au 18ème siècle.

Après avoir ainsi délimité notre espace géographique, nous pouvons plus facilement y lire la vie des Hommes qui l’ont habité.

Nous avons hâte de les connaître ! rien de mieux qu’un point de situation historique pour cela ; il conviendra de nous armer de patience car il couvre plus de 800 années de la vie de nos aïeux et prédécesseurs.

Si vous êtes pressés ou désireux d’avoir d’emblée la connaissance des siècles parcourus, cliquez sur « Chronologie »

Le récit l’Antiquité du haut de la Wasenbourg et du Wachtfelsen quelque 1000 ans d’histoire s’inscrit dans la succession des évènements énoncés ci-dessous :

De 450 avant Jésus Christ à la conquête romaine : Second Âge du fer.

-450 à -25 : migration et expansion maximale en Europe; âge d’or des Celtes;

Maîtrise totale de la métallurgie du fer, développement de l’habitat de plaine et de quelques constructions en moyenne et petite altitude;

-390 : possible mise à sac de Rome par le chef gaulois Brennos;

-125 à -118 : conquête du midi de la Gaule par les Romains Ahénobarbus;

-113 à -102 : invasion de la Gaule par les Germains : Cimbres et Teutons;

de 58 av. JC à 51 av. JC : conquête de la Gaule Celtique, Aquitaine et Belgique par Jules César; en -55 : les Romains franchissent pour la première fois le Rhin;

Du 1er siècle au 4ème siècle après Jésus Christ : Pax Romana et Paix/Conflits en alternance.

Administrations et réorganisations  territoriales successives, par les Empereurs ou par leurs représentants, du Rhin Supérieur et de toute la partie de la Germanie et de la Britannie conquise par Rome;

Romanisation progressive des villes et des campagnes des territoires conquis;

212 apr. JC: Edit de l’empereur Caracalla accordant la citoyenneté romaine dans les régions conquises de l’Empire;

Défense et sécurisation dans la profondeur : du Danube en passant par le Neckar vers le Rhin qui devient une frontière; recul progressif de l’Empire romain d’Occident;

En 406 et en 496 : installation des Alamans sur le Rhin Supérieur puis occupation de la région par les Francs. 

Pièces celtes en fer photographiées par l’auteur en 2017 au musée celte de Heuneburg en Allemagne.

Voyez-vous ou entendez-vous la fonderie de Dietrich en bas, au pied de la Wasenbourg ? percevez-vous les usines Alstom de Reichshoffen au loin ? Toute la contrée entre Rhin et Vosges est réputée aujourd’hui pour son secteur agricole et industriel. Et bien dans les Temps Anciens aussi, les peuples protohistoriques dont les Celtes, excellaient dans le travail de la terre et dans la métallurgie du fer. Ce savoir-faire a d’ailleurs permis de tracer et de dater leurs migrations en Europe. Du 4/5ème siècle avant Jésus Christ, date leur expansion maximale depuis les régions danubiennes aussi bien vers Ankara en Turquie que vers la péninsule italienne ou hispanique, ou vers chez nous, rendez-vous compte ! Ce sont les analyses des restes scorifiés provenant d’anciennes forges à Entzheim, à Geispolsheim, à Saverne et dans bien d’autres lieux qui en témoignent.

Forts de cette particularité locale, nous pouvons ainsi démarrer notre examen du Passé durant le Second Age du Fer (entre 450 av. JC. et 25 av. JC). Nous l’arrêterons avant la chute progressive de l’empire romain quelques mille ans plus tard, les vestiges de la période romaine à commenter ne manquant pas autour de la Wasenbourg. Entre temps en effet, la conquête de la Gaule (de 58 av. JC à 51 av. JC) par Jules César (né en 100 av. JC et mort en 044 av. JC) avait plus ou moins pacifié les tribus gauloises et fixé les quelques peuplades germaniques qui s’étaient aventurées sur la rive gauche du Rhin.

Si vous voulez en savoir plus sur la conquête de la Gaule par les Romains, cliquez sur « La Guerre des Gaules »

Le document s’inspire du « bestseller » de Jules César : « de bello Gallico ». « De la Guerre des Gaules » est certes un compte rendu des combats qu’il a livrés victorieusement où il met en scène son génie militaire, mais c’est également un traité sur la vie des Gaulois, des Germains et des Bretons de Grande Bretagne, leurs mœurs et leurs institutions.

Il n’y eut plus durant cette période d’arrivée massive de « peuples extérieurs » dans les anciennes Gaules. La conquête fut suivie de la longue « Pax Romana » : une paix armée toutefois jusqu’au 4ème /5ème siècle après JC.

Croquis réalisé par l’auteur indiquant les vestiges romains qu’il a pu voir ou tracer au cours de ses récentes randonnées.
Croquis réalisé par l’auteur indiquant les vestiges romains qu’il a pu voir ou tracer au cours de ses récentes randonnées.

Cette situation où les conflits armés étaient limités et circonscrits, avait permis de romaniser les cités existantes comme Argentorate (Strasbourg) et d’urbaniser les campagnes comme en témoignent les thermes de Niederbronn, la petite agglomération artisanale de Reichshoffen ou les « villae » (des exploitations agricoles) dans la forêt du Frohret à Oberbronn. Nous pourrions aussi évoquer Lembach et Langensoultzbach où des stèles de divinités romaines ou celtes romanisées à l’église pourraient indiquer l’existence d’un petit temple. Sans oublier en Moselle tout près : le petit bourg romain de Bliesbruck.

Toutes ces localités étaient reliées entre elles par des chemins, des routes ou par des voies qui étaient entretenues par les légions si elles revêtaient un caractère militaire. On trouve encore par endroits du pavage provenant de ces chaussées comme à Ingwiller sur l’itinéraire : Saarbrücken (Vicus Saravus) – un passage des Vosges du Nord à Aquae Niederbronn – Saverne (Tres Tabernae). Il est fort à parier que la 8ème légion romaine pour ne citer qu’elle et dont on a la preuve d’un franchissement des Vosges du Nord et d’un passage par le site de la Wasenbourg, avait cette mission stratégique de contrôler et de permettre de longer en toute sécurité la barrière vosgienne. Des missions pour cette légion, il y en aura bien d’autres encore entre Vosges et Rhin, et fort longtemps. La 8ème légion sut en effet se maintenir sur le fleuve pour ne céder finalement qu’au cours du 4ème siècle devant les incursions incessantes des peuples germaniques. En 406 après Jésus Christ, les Alamans s’installent définitivement sur le Rhin Supérieur ; les Francs feront aussi parler d’eux à la même époque, Clovis un peu plus tard, un de leurs rois. Clovis…Clodeweg…Ludwig…Louis. Oui ça vient de là !  Mais ceci est une autre histoire !

Après avoir brossé à grands traits ce tableau presque millénaire, êtes-vous partants pour découvrir quelques facettes emblématiques de cette grande histoire ?

Photo du Wachtfelsen prise par l’auteur en automne 2021.

C’est, chers visiteurs, ce que nous vous proposons maintenant. Pour ce faire, nous allons braquer nos projecteurs sur le Wachtfelsen notre rocher de garde, sur l’ex voto du citoyen triboque de la Wasenbourg et sur les traces du passage de la 8ème légion là – haut. En ouvrant le faisceau de lumière, nous découvrirons à travers eux trois aspects passionnants de l’Antiquité près de chez nous : l’Age du fer, les populations protohistoriques dont les Triboques et la légion romaine.

Premier coup de projecteur : l’Age du fer et ses témoins.

Ne nous attardons pas trop longtemps sur les menhirs et les dolmens ou sur les Tumuli de la forêt de Haguenau (ils méritent une étude à part) datant pour la plupart de l’Age du bronze (2000 à 800 av. JC), pour nous intéresser à l’Age qui vient après, celui du fer. Aux dernières années de cet Age historique, à partir de 450 avant Jésus Christ quand les Celtes deviennent les maîtres incontestés en Gaule.  

Statue de Vercingétorix photographiée par l’auteur au musée d’archéologie nationale de St Germain-en-Laye

Nous l’avions déjà laissé entendre, les Celtes comme les appelaient les Grecs, ou les Gaulois comme les nommeront les Romains, étaient réputés farouches et tumultueux guerriers et surtout conquérants à leur heure. D’après la légende, le chef gaulois Brennos aurait ainsi mis à sac Rome en 390 av. JC ; les légions romaines qui envahiront la Gaule sauront se souvenir de ces « Gaulois de la vieille trempe » qui avaient terrorisés leurs ancêtres au son de leurs trompettes de guerre, les carnyx ! Ces Gaulois-là étaient aussi fort ingénieux et d’excellents artisans. De nombreux auteurs classiques l’attestent comme le Grec Hérodote

(480 av. JC à 425 av. JC) ou le Latin Tite-Live (59 av. JC à 17 av. JC), y compris Jules César. La métallurgie du fer était leur marque de fabrique, nous l’avons déjà évoqué. Les terres agricoles ne manquant pas en raison de la qualité des sols, un habitat de plaine se développa très vite, d’une grande diversité entre villages et hameaux ; on eut besoin d’outils mais également d’armes pour défendre ses terres ou en acquérir sur les voisins. Les rivalités entre tribus gauloises sont légendaires, elles étaient souvent fatales. Des constructions habitées en montagne virent également le jour comme le fossé des Pandours près du col de Saverne.

Combien de fois n’avons-nous pas croisés des restes de ces fortifications protohistoriques durant nos randonnées dans les Vosges ?

Croquis réalisé par l’auteur indiquant les « vestiges » protohistoriques qu’il a pu voir ou tracer au cours de ses randonnées.
Fortifications de Kastelring au-dessus de Lampertsloch photographiées par l’auteur

Voyez ici le Ziegenberg ou camp celtique déjà cité par notre Guide ; vers l’ouest l’enceinte protohistorique du Hausberg à Philippsbourg ; en face au Nord, du côté de la boule radar de Drachenbronn bien visible : le site du Kastelring/col du Wiep, près de Lampertsloch, un autre camp celtique. Nous pouvons aussi mentionner les remparts du Maimont de Niedersteinbach/Wengelsbach à une douzaine de kilomètres de la Wasenbourg ; ou plein Est près du Rhin les traces d’une grande colline fortifiée, le lieu-dit Hexenberg/Heidenberg de Leutenheim (voir la carte du Rhin Supérieur pour localiser ce village).

Ces constructions sont toutes de la même facture :  terre, pierre et bois ; on les remarque du fait de la présence d’un talus qui supposait des remparts. Nous rencontrons les mêmes vestiges de fortification au loin sur les premiers contreforts de la Forêt Noire. Charles Matthis (1851-1925), un archéologue amateur Niederbronnois du siècle dernier notait très justement qu’on construisait pour abriter, protéger ou pour surveiller (comme à partir du rocher naturel du Wachtfelsen) et pour contrôler un territoire avec ses axes de pénétration (ici le débouché du Falkensteinerbach sur la plaine d’Alsace, entre autres). Ces constructions supposaient ainsi des activités militaires et cultuelles mais surtout en vertu de cet adage de bon sens : « Qui tient les Hauts, tient les Bas », elles supposaient des échanges commerciaux sécurisés ; ici avec l’intérieur de la Gaule, localement et de part et d’autre du Rhin. M. Matthis qui a donné son nom au sentier archéologique derrière la Burg, voyait même dans ces fortifications protohistoriques des Celtes : les prémices des châteaux-forts de petite montagne comme la Wasenbourg.  

Qui sont donc les représentants de cette civilisation de bâtisseurs, de guerriers, de prêtres et de paysans dans notre région ?  Voyez la carte ci-dessous ou n’hésitez pas à regarder à nouveau la grande carte du Rhin Supérieur, en début de récit. Vous les localiserez plus facilement !

Nous l’avons évoqué, ce sont des Celtes ou des Gaulois mais aussi en moins grand nombre, des Germains, romanisés par la suite. Ils ne sont pas encore Français ni Allemands. Le Rhin n’est pas une frontière en ces temps-là, on le vénère (« de Vatr Rhiin »), on le franchit avec respect en raison de la malaria et de ses crues mais on en vit ; de part et d’autre du Fleuve on a les mêmes habitudes, on se fréquente aussi.

Carte extraite par l’auteur du livre Folio classique Jules César Guerre des Gaules, on y distingue les noms des tribus et leur localisation.

Aimeriez-vous connaitre leurs noms ? Regardez le coin droit de la carte à cet effet ; ils sont très imagés, on utilisera indistinctement le latin ou le français pour les nommer. Il s’agit des Médiomatriques déjà cités par notre Guide et des Rauraques mais aussi des petits peuples comme les Némètes (au nord de Wissembourg), des Leuques (dans la région ouest de St Dié), des Aquenses (autour de Baden-Baden) et des Triboques. Comme nous avons la grande chance d’avoir un spécimen de cette tribu-là sous la main : Severinius Sattulinus, qui a laissé son nom sur l’un des rochers porteurs de la Wasenbourg, on en profitera pour connaître plus intimement son peuple. Les écrits grecs et latins mais surtout l’archéologie nous seront bien utiles encore et toujours, pour faire connaissance avec tout ce petit monde de tribus et de clans, de clientèles et de parentèles. Nous n’évoquerons pas les habitants des provinces gauloises déjà conquises du Nord de l’Italie ou du Sud de la France, nous resterons dans notre grande région, celle que nous avons délimitée ensemble tout à l’heure.

Monnaie photographiée par l’auteur sur le livre passionnant de Camille Jullian : Vercingétorix.

On apprend ainsi par les Historiens antiques qu’à la veille de la conquête de la Gaule au 1er siècle avant Jésus-Christ, on y trouvait la grande tribu celte des Médiomatrici au Nord d’une ligne imaginaire Offenbourg/Sélestat ; elle était installée jusqu’aux rives gauches du Rhin. 

Il y avait ensuite celle importante des Rauraci au sud de cette même ligne avec une particularité, celle d’être implantée des deux côtés du Rhin. Les tribus sont structurées en « civitas » (territoire et capitale) et en « pagi » (district fournissant des guerriers) avec à leur tête un premier magistrat élu « le Vergobret » qui peut être ou non un Druide, assisté d’un Sénat issu de l’aristocratie. Cette classe noble de guerriers ou de prêtres lisait et écrivait le grec, plus tard le latin, mais n’écrivait pas dans un « alphabet gaulois ». Nos Gaulois qui s’appelaient « Celtes » entre eux étaient toutefois identifiables à une monnaie couramment utilisée sur leur territoire respectif : globalement des potins au sanglier chez les Mediomatriques et des potins à tête casquée chez les Rauraques. Ils se sentent Gaulois car quand le chef Arverne Vercingétorix appelle (en aout 52 av. JC) une armée de secours pour rompre l’encerclement d’Alésia par les Romains, les Médiomatrici lui fournissent 5000 hommes et les Rauraci 1000 hommes. D’autres peuples gaulois n’ont pas donné de contingents armés. On connait le résultat malheureux pour les Gaulois et funeste pour ce brave Vercingétorix.

Les combats gagnés par Jules César dans l’Est de la Gaule (- 58), ses expéditions répétées en Germanie (à partir de -55,) et l’occupation du Rhin Supérieur par ses légions (à partir de -51) vont faire apparaitre dans notre paysage des tribus dont on n’a pas entendu parler jusque-là comme les Triboques.

Deuxième coup de projecteur : les Triboques, « nos fameux Triboci ».

Les Triboques ou Triboci sont des parents de Sévérin notre « pèlerin » à laWasenbourg. Ils étaient implantés là devant nous en regardant vers le Sud/Est, dans la région de Haguenau-Strasbourg. Vus comme des Germains de l’Ouest, les Triboques faisaient, avant la guerre des Gaules, de fréquentes incursions dans nos contrées à la recherche de bonnes terres. Ils auraient obligé les Médiomatriques à se retirer vers l’Ouest. Sous l’effet de la poussée migratoire de la tribu celte des Helvètes dans un premier temps puis de l’expédition en Gaule des Suèves germaniques qui toutes deux déclenchèrent l’intervention militaire romaine, les Triboques se joignirent à l’armée germanique commandée par Arioviste. D’abord allié de Rome puis adversaire de César, Arioviste (-101 à -54) le général en chef de cette armée confédérée était roi des Suèves : une importante tribu, les ancêtres des Souabes d’aujourd’hui. Il fut sévèrement battu par les légions près de Mulhouse en septembre 58 av. JC. Se retrouvant dans le camp des vaincus, les Triboques négocièrent alors avec les Romains leur soumission et leur clientèle comme on disait alors. Ils obtinrent l’autorisation de s’installer durablement entre Wissembourg et Sélestat. Au 2ème siècle après JC, leur capitale Brocomagus (Brumath aujourd’hui) fut une cité très florissante. Les Triboci occuperont longtemps des avant-postes militaires au service de Rome le long du Rhin, dont Argentoratum qui deviendra Strasbourg.

Borne, christianisée par la suite, dans le Meisenthal photographiée par l’auteur en 2019 qui aurait matérialisée la frontière entre Médiomatriques et Triboques.

Les Historiens latins dépeignent les Triboci comme un peuple au parler germanique, vivant comme des Celtes, adorant des divinités locales. D’après les archéologues, ils se seraient adaptés et aculturés très rapidement. Pour preuve, les noms des notables triboques mentionnés sur des rescrits ; à la grande surprise des chercheurs ils ne sont pas germaniques, ils sont latins ou celtiques. On signalera au passage que c’est seulement en 212 après JC grâce à l’édit de l’empereur Caracalla qu’ils sont devenus citoyens romains à part entière, comme tous les « Pérégrins » ou hommes libres non romains de l’Empire. Un autre signe de leur romanisation est le culte rendu à la divinité Mercure, le dieu de l’éloquence, des voleurs et des voyageurs. Ce sont bien, comme le signalait notre Guide, les vestiges avérés d’un temple qui lui est dédié que les Archéologues ont mis à jour ici entre le Wachtfelsen et la Wasenbourg. Mercure est un dieu mineur d’origine grecque « Hermès » ; il est peu honoré à Rome qui n’avait pas de dieu du commerce en propre. C’est ce dieu ailé qui serait le plus amalgamé à des divinités celtes et gauloises. Il est venu concurrencer la déesse celte « Epona », divinité des voyageurs comme lui, mais aussi des chevaux et de la fertilité. Mercure est aussi devenu le pendant de « Teutates » ou du dieu « Lug » : « Lugus Mercurius », « Mercurius Gebrinius », vénérés dans la plaine du Rhin, « Mercurius Visucius », honoré à la frontière entre la Gaule romaine et la Germanie. 

Stèle de Mercure photographiée par l’auteur au musée de Niederbronn-les-Bains en 2019

Epona déesse des chevaux ; stèle celte prise en photo par l’auteur en 2014 au musée de Sumelocenna Rottenburg BW.

Nous comprenons bien mieux à présent le fait que Severinius Sattulinus ait fait graver Mercure sur son ex-voto à la Wasenbourg, et qu’il y ait mentionnée sa citoyenneté, n’est-ce pas ? Oui Séverin était vraiment un homme d’ici et de son époque : le parfait « GaGèRo » ou « Gallo-Germano-Romain » ! vous nous voyez désolé cher visiteur pour cet acronyme, de ce mot forgé, nous n’en avons pas trouvé de meilleurs pour le qualifier !

Buste de Triboque tiré par l’auteur d'un document du Net sur les tribus celtes et germaniques.

Et voilà que nous arrivons déjà presque au bout de notre belle histoire des Temps Anciens (« ab antiquo ») sur le site de la Wasenbourg ou dans son environnement proche. Avez-vous apprécié ? Comme le dit la citation latine : « Forsam et haec olim meminisse juvalit » « peut-être un jour vous souviendrez vous de ceci avec bonheur ? » … nous l’espérons ! Il nous reste donc un dernier éclairage à donner avant de retourner dans la plaine :

Ce sera le troisième et dernier coup de projecteur, il concerne la légion romaine.

Mannequin d’un artilleur romain ; photo prise par l’auteur au musée de Sumelocenna/ Rottenburg en 2017

C’est « un must » car l’armée du Sénat et du Peuple Romains, puis celle des empereurs a été le véritable vecteur de la conquête et de la romanisation de l’empire. Nous avons la chance d’avoir à la Wasenbourg, un témoin de cet appareil militaire performant : la 8ème légion. Celle-là même qui d’après des textes anciens, avait placé des guetteurs sur le Wachtfelsen comme les Gaulois avant elle. « Qui tient les hauts, tient les bas » ! n’est-ce pas ? 

Lançons-nous donc dans cette nouvelle aventure ! et « lançons la tragule » à cet effet !

La tragule : ce javelot celte était muni d’une courroie pour en augmenter la distance de jet !  Réelle bête noire des soldats romains qui avaient en mémoire son emploi par les Gaulois deux siècles auparavant, l’expression « lancer la tragule » était devenue en latin synonyme de « jouer un mauvais tour ». La conquête de la Gaule n’était donc pas gagnée d’avance sur le plan du moral, des équipements et des effectifs. On rappellera que le Proconsul César a eu besoin d’une quinzaine de légions pour venir à bout des Gaulois, des Germains du sud et des Bretons méridionaux. On notera toutefois que : de l’origine jusqu’aux derniers temps de Rome, les légions se sont en permanence réorganisées et adaptées à l’ennemi et à sa tactique, ce fut là leur grande force. La 8ème légion en est le plus parfait exemple car elle a duré comme corps constitué pendant plus de 400 ans. Son aigle (l’emblème de la légion : l’aquila) a été victorieux en Gaule, en Germanie, en Britannie, en Italie, en Asie Mineure ; c’est à Actium en Grèce qu’elle a été (re)baptisée « legio VIII Augusta » pour sa fidélité à Octave, le futur empereur Auguste.  

Photo prise par l’auteur en 2021 du monument strasbourgeois commémorant Argentoratum

Elle a également guerroyé en Pannonie (Europe centrale) puis à nouveau en Gaule contre les Bataves et les Lingons (voir la carte guerre des Gaules pour les situer) au 1er siècle. Elle aura tenu garnison jusqu’au 4ème / 5ème siècle de notre ère à Argentoratum (la romaine), l’ancienne Argentorate celte. Aujourd’hui encore des archéologues trouvent des traces d’elle près de la Cathédrale de Strasbourg.

Voyons un peu cette légion de l’intérieur !  

La légion est un corps d’infanterie homogène de 4000 à 6000 hommes qui manœuvre pour « subjuguer » et anéantir l’adversaire, elle est éclairée et renseignée par une cavalerie de 150 à 300 combattants à cheval. Elle dispose souvent d’auxiliaires étrangers comme les fameux archers numides ou les redoutables cavaliers germains ou gaulois, etc. On notera toutefois que la confiance accordée aux auxiliaires a toujours été limitée ; on ne les associait que très rarement à l’action principale qui devait décider du sort de la bataille. Les soldats romains sont accompagnés d’une quantité importante de supplétifs qui les soulagent du poids de la logistique : des valets d’armes, des maréchaux-ferrants, des forgerons, des palefreniers, des charpentiers, des vivandiers et des cantinières, des marchands qui achètent de suite le butin pour le revendre, etc. Tout ce petit monde est indispensable au bon déroulement de la campagne militaire.

Cavalier romain ; photo prise par l’auteur en 2017 au musée d’archéologie national de Saint-Germain en Laye.

A l’époque de la Guerre des Gaules, la légion comporte dix cohortes qui font trente manipules qui font soixante centuries de fantassins. La cavalerie est divisée en dix turmes de 30 hommes/chevaux chacune. L’emploi des unités à pied et à cheval est souple et sécable selon les modes d’action et la menace ennemis. Les légionnaires disposent d’une excellente valeur au combat grâce à leur armement, leurs qualités guerrières, mais aussi du fait d’une très bonne solde et d’un droit au butin. Les meilleurs d’entre eux se trouvent dans la première cohorte ; ils sont commandés par des officiers (tribuns militaires, décurions pour la cavalerie et centurions pour l’infanterie) de métier ou issus de l’aristocratie pour un service de longue durée. Au sommet de la hiérarchie centurionienne se trouve un brave parmi les braves dont l’avis est toujours sollicité au « Consilium » (au conseil de guerre) : le « Primi Pili Centurio » qu’on pourrait rendre par « la première lance de la centurie » ; il est également « l’aquilifer », le porteur de l’aigle de la légion. Autre personnage essentiel : le général en chef ; celui qui part en campagne est revêtu d’un manteau en laine écarlate « le paludamentum », on lui prête serment de fidélité, comme lui-même honore les Dieux du Capitole à Rome avant de partir à la guerre. Si le général dispose bien de la complète direction des opérations militaires, c’est toutefois le Sénat (et plus tard l’empereur) qui décide de l’envoi de renforts, du renouvellement des crédits militaires et de conclure la paix. 

La légion met en œuvre une tactique éprouvée en offensive grâce à sa rapidité de déplacement : 30 à 40 km/jour ; elle a une organisation du terrain remarquable : établissement systématique de camps protégés dès qu’elle stationne et mise en œuvre de techniques de sièges implacables. Les camps romains sont célèbres, certains préfigurent des villes ou des agglomérations qui existent encore aujourd’hui. S’agissant de l’Est de la Gaule, ils sont établis de part et d’autre du Rhin, on citera simplement : Speyer, Strasbourg bien sûr, Offenburg. C’était la mission des légions, et tout spécialement celle de la 8ème légion que de mettre en œuvre cette stratégie du Limes (frontière fortifiée) sur les coupures sèches ou humides : le Danube au plus à l’Est, le Neckar, la Moselle, le Rhin in fine. Il s’agissait de protéger au plus loin cette région conquise de l’Empire et de la tenir militairement dans la profondeur géographique. Face à une trop forte poussée ennemie, les légions pouvaient ainsi se retirer en ordre vers l’Ouest et à chaque fois rétablir un dispositif militaire sur un grand cours d’eaux ou sur une barrière naturelle. Cette stratégie a fonctionné durant des siècles jusqu’à ce que les invasions barbares du 4/5ème siècle viennent progressivement y mettre un terme. Mais ceci est une autre histoire…

Esquisse réalisée par l’auteur du camp romain de Strasbourg inspiré d’un parcours proposé par le musée archéologique de la ville

C’est ainsi, chers amis, que s’achève notre voyage de près de 1000 ans. Il nous a été insufflé par le Wachtfelsen celte et romain, par les vestiges du temple antique, par l’épitaphe latine du citoyen triboque Severinius Sattulinus dédié au dieu Mercure et par la 8ème légion Augusta en Alsace. Grâce à leur présence, nous avons pu chemin faisant, renouer avec leur siècle respectif.

Cette évocation aura peut-être même suscité un peu de nostalgie chez vous ? vous ne seriez pas les seuls, bon nombre d’écrivains alsaciens l’ont chanté, ce passé préchrétien ! On citera par exemple l’auteur très « celtophile » du célèbre ouvrage « les Grands Initiés » Edouard Schuré, un écrivain alsacien de langue française (1841-1929), écoutons-le déclamer : « parmi les rochers sans nombre qui couronnent les Vosges et parsèment leurs flancs, il y a comme en Bretagne des pierres qui parlent. Debout sur la crête nue des montagnes ou sur la pente abrupte au milieu des sapinières, ces menhirs géants dominent des océans de verdure. Ce sont les témoins muets des âges disparus. Quand, par les nuits sombres, on approche l’oreille des fissures du grès couvert de mousse, on croit entendre des rires clairs ou des soupirs mélodieux s’échapper des entrailles de la pierre… » (extrait de : les grandes légendes de France). Si comme lui vous y avez été sensibles, revenez un jour prochain sur les hauteurs de Niederbronn-les-Bains ! tentez cette expérience sur la pierre du Wachtfelsen, puis inspirés par notre récit « ab antiquo », installez-vous un moment à l’une des fenêtres gothiques de la Wasenbourg et fixez silencieusement les lointains ! Laissez-vous simplement inspirer chers visiteurs par le « sens de ce lieu unique » !

Le Wachtfelsen photographié par l’auteur côté vallée du Falkensteinerbach en hivers 2022.
Photo du panorama niederbronnois prise par l’auteur au printemps 2021 depuis une autre fenêtre gothique de la Wasenbourg.