WASENBOURG

Les Amis de la Wasenbourg

Une émergence rocheuse bien mystérieuse à réhabiliter.

        A l’aplomb nord-est de la colline du Wasenberg, juste à côté de la Wasenbourg, se dresse fièrement un poste de guet naturel, le rocher de garde que les Alsaciens appellent le Wachtfelsen. Il ferait presque de l’ombre au château-fort, tant est belle sa prestance et stylé son portail semblable à celui d’un temple antique. Faites-en le tour ! romain d’un côté, celte de l’autre ; notre géant cultive le mystère !

Ses origines sont très lointaines !

        Le Wachtfelsen est une forme d’altération géologique de roches isolées d’une dizaine de mètres de haut. Il y a 220 millions d’années, notre région était située sur les franges d’un désert tropical balayé par des vents violents et raviné par des pluies torrentielles. Ces précipitations charriaient du sable et des pierres, de couleur rouge, en raison de la présence d’oxyde de fer dans leur composition. Avec le temps, la boue des cours d’eaux et les dunes de sable se superposèrent, s’agglomérèrent et se solidifièrent en grès. Durant les périodes géologiques qui ont suivies, l’érosion sous toutes ses formes – éolienne, hydrique, mécanique ou chimique – a fait son œuvre. L’ablation et l’abrasion des matériaux rocheux du sommet du Reisberg jusqu’au bout de ce promontoire ont donné naissance au Wachtfelsen, ce monument naturel si spectaculaire.

On y a prié les dieux très tôt !

        Comme sur de très nombreuses collines vosgiennes, il est probable que les Celtes aient pratiqué des rites en l’honneur de « Vogesus », dieu topique de la montagne, voire d’« Épona », déesse de la fertilité et des voyageurs. Plus sûrement, des fouilles des siècles passés attestent qu’on y rendait un culte à Mercure. On peut ainsi admirer dans le musée de Niederbronn-les-Bains, des stèles et des bas-reliefs dédiés au dieu romain des voyageurs, des voleurs et de l’éloquence. Ils proviendraient d’un temple qui aurait été localisé entre le château-fort d’aujourd’hui et le Wachtfelsen. Le tracé de ses fondations fut découvert au 19ème siècle. La mise à jour au début du siècle dernier, sur les versants du rocher et de la Burg, de restes d’entablement et d’architrave [1], de demi-colonnes et de morceaux de frise renforce cette thèse. Charles MATTHIS (1851-1925), un Niederbronnois d’adoption féru d’archéologie, a eu l’idée d’intégrer certains de ces vestiges dans le roc. Une plaque du club vosgien, dont on ne voit plus aujourd’hui que les deux crochets, en témoignaient [2]. Ce passionné d’histoire locale, président du Club Vosgien à l’époque, donna au roc l’aspect de la façade d’un temple antique et la baptisa portail de Mercure. Ce faisant, il l’affubla d’une légende en un latin chaotique – « (M) ERCURIO AEDEM SUIS ORNAMENTIS ORUM RUNT [3] » – dans l’idée de lui rendre « sa vocation mercuriale ». Ce dieu ailé, l’Hermès grec, avait vraiment la cote là-haut ! Nous en reparlerons !

[1] Termes d’architecture désignant des pierres ou des moulures se trouvant au-dessus des colonnes et à leur contact.

[2] On y lisait : « vestiges d’un temple de l’époque gallo-romaine, découverts par M. Charles MATTHIS  et rassemblés pour en empêcher la destruction. Le Club Vosgien de la section de Niederbronn-Reichshoffen 1925 ».

[3] Essai de traduction en français : « (voués) au sanctuaire de (M)ercure (avec) ses ornements ».

On scrutait la plaine et les abords de ce rocher !

        Si l’émergence rocheuse avait pu servir à des fins cultuelles, sa vocation militaire est plus sûrement avérée. Les archéologues et les historiens pensent que le rocher était déjà intégré à un dispositif de guet d’une construction protohistorique sise à l’emplacement de l’actuelle Wasenbourg. Les fouilles, dont une moitié de stèle datée du 1er siècle de notre ère et mentionnant la 8ème Légion [1] ont montré que le Wachtfelsen avait été du temps des Romains une « spécula ». Ce terme latin désigne un poste d’observation et de surveillance élaboré. Le génie militaire romain excellait en effet dans l’établissement en terre ennemie de solides têtes de pont, dans la construction de camps militaires flanqués de tours sophistiquées ou dans le montage de petits campements qui profitaient tous des avantages du terrain en matière de protection et d’intervention. On imagine aisément que ce fut le cas au Wachtfelsen. Un dispositif de garde et une surveillance des abords par factions autorisaient l’installation d’une unité de soldats en sûreté et dans la durée sur la colline. Pendant que ceux-là adoptaient une posture aux aguets, d’autres pouvaient être au repos, armer un détachement logistique ou s’apprêter au combat. Il reste à cet égard sur le dessus du rocher et sur ses côtés des encoches et des logements ayant probablement servi à la fixation d’un appareillage, d’une structure en bois, d’un système d’accès au sommet ou encore à d’autres facilités nécessaires à la vie d’une armée en campagne. Quoi de plus intéressant et de vital en effet que de pouvoir contrôler en toute sécurité un des débouchés [2] des Vosges du Nord et de pouvoir y intervenir au moyen de petits détachements mobiles. Le vieil adage militaire : « qui tient les Hauts, tient les Bas » était une règle d’or dans le domaine tactique en ces temps-là.

[1] Cette légion romaine renforcée d’auxiliaires gaulois et germains a passé plus de quatre siècles en Alsace du Nord et en Germanie jusqu’à l’invasion de l’Empire par les Barbares au 5ème siècle de notre ère.  

[2] Celui du Falkensteinerbach en l’occurrence, un passage du plateau lorrain vers le Rhin.

Aidez-nous à lui rendre sa fonction première !

        Fort de cette identité si particulière, le Wachtfelsen mériterait qu’on lui redonne sa qualité de poste de guet et d’observation. Or, il n’est plus possible aujourd’hui d’accéder à son sommet. La restauration du Wachtfelsen complèterait celle du château-fort. Celle-ci, plus modeste, permettrait de mieux faire connaître l’antiquité romaine locale aux visiteurs. Un accès et un poste d’observation sécurisés au sommet pourraient y être aménagés en respectant les aspects de l’époque. En nous inspirant des travaux de Charles MATTHIS et de ses prédécesseurs, mais également des archives du « Limès [1] », nous pourrions faire en sorte que le Wachtfelsen retrouve sa vocation d’observatoire et de « tour de garde ». Nous lançons un appel dans ce sens à tous ceux qui pourraient nous aider à nous documenter sur ce sujet. Une adhésion enthousiaste et résolue au projet permettra de lui redonner sa fonction première. Un vibrant appel de soutien est lancé aux adhérents ou sympathisants, et à tous ceux qui sont sensibles au patrimoine et à l’histoire régionales. Un petit geste permettra de devenir un Ami du Wachtfelsen !

[1] C’est le nom donné par les historiens modernes aux systèmes de fortifications et de barrières naturelles renforcées établis le long de certaines des frontières de l’empire romain.