Le Wasenberg* au Ier siècle
* Il ne s’agit pas ici, d’une faute d’orthographe! Le Wasenberg est le lieu sur lequel ce trouve aujourd’hui le Château de la Wasenbourg. Au premier siècle, ce dernier n’existait pas encore.
Tout à la contemplation de la Wasenbourg, le randonneur ne jette habituellement qu’un regard très distant sur le rocher de garde et sa construction anachronique. Or 1.000 ans avant son château, la colline recelait déjà d’étonnants trésors architecturaux. Les Amis de la Wasenbourg vous les dévoilent aujourd’hui au moyen de représentations en trois dimensions.
Dans l’antiquité, le belvédère était un haut-lieu de culte[1] bien avant d’être une place forte. Il aurait pu s’appeler Vosagudunon, mont sacré de Vosegus[2], un dieu topique de la faune et de la forêt. On y vénérait les pierres sacrées et les rochers monumentaux comme le Wachtfelsen. Au 1er siècle, ces déités gauloises furent relayées par le dieu ailé Mercure, messager des dieux romains et divinité du commerce.
[1] Cahier alsacien d’archéologie, d’art et d’histoire : le sanctuaire de la Wasenbourg de Niederbronn, JJ. Hatt et F. Petry, 1970 ?
[2] Vosegus ou Vosagus, divinité celte éponyme des Vosges ;
Le Mont a commencé à livrer ses secrets au 16ème siècle à la suite de la découverte, sur l’éminence rocheuse qui porte la Wasenbourg, d’une inscription latine gravée dans le grès[3] au début du 2ème siècle. Il s’agit d’un ex-voto, dédié à Mercure, que jouxtait à l’époque un bel édicule couvert de tuiles aujourd’hui disparu.
[3] Alsatia Illustrata, tome 1-Celtica Romana Francica p. 445-447, Johan Daniel Schöpflin, Colmar, 1751;
Profitant d’une assez longue période de paix[4], la région du Rhin Supérieur se développe et se romanise peu à peu. Le culte mercurial du Vosagudunon s’enrichit alors d’un temple majestueux[5] édifié au milieu de la colline. Il ne reste aujourd’hui que quelques rares vestiges accolés au Wachtfelsen et une dizaine de fragments de stèles votives, à l’effigie de Mercure, exposés à la Maison de l’Archéologie des Vosges du Nord.
[4] Pax Romana du 1er au début du 3ème siècle après JC ;
[5] Die Wasenburg p.19 à 22, Charles Matthis, Straßburg, 1906;
La légion romaine et des unités auxiliaires d’autochtones eurent la charge de contrôler cette région de l’Empire[6] entre Forêt Noire, Rhin et Vosges. L’éperon de la Wasenbourg, surplombant la vallée où coule le Falkensteinerbach, bien visible depuis la plaine, eut ainsi son détachement de légionnaires pour en surveiller le débouché et les accès.
[6] Atlas historique du Rhin Supérieur, p. 80, Presses Universitaires de Strasbourg, 2019 ;
Vraisemblablement logés en camp de toile, ses soldats appartiennent à la 8ème Légion ; un morceau de pierre martelée [7], trouvé sur la colline, en atteste. Ils aménagèrent le Wachtfelsen en un poste d’observation appelé specula en latin ; le rocher de garde en porte encore les traces. Au 4ème ou 5ème siècle, quand il a fallu faire face aux incursions répétées des peuples germaniques, la défense et la protection du Mont ont été considérablement renforcées. Les pierres du temple servirent à construire un bastion dans la partie sud de la colline, mettant ainsi un terme à sa vocation cultuelle initiale[8].
[7] Partie inférieure d’une inscription avec le n° de la légion, déjà connue de J.D. Schöpflin au 18ème siècle, perdue avec la destruction du musée historique durant le siège de Strasbourg en 1870 ;
[8] Studien zur ältesten Geschichte der Rheinlande, Dr. C. Mehlis, 14 abt., Leipzig, 1900.
Notre épopée sur le Vosagudunon, où le bruit des armes a fini par supplanter la psalmodie de prières aux dieux antiques, se termine ici. Pourquoi ne pas poursuivre l’aventure romaine en vous rendant à Niederbronn-les-Bains ? Vous pourrez y admirer les thermes de l’antique Aqua Vicus et, à quelques pas de là, les fascinantes représentations du dieu Mercure exposées à la Maison de l’Archéologie.